Elita WEAH, 41 ans

Elita WEAH, 41 ans

C’est en se rendant à des obsèques qu’Elita Weah a trouvé sa propre mort. Cette Libérienne de 41 ans, naturalisée néerlandaise, s’apprêtait à prendre un vol pour les Etats-Unis pour assister aux funérailles de son beau-père, lorsqu’elle a été emportée par l’explosion du premier kamikaze à l’aéroport de Bruxelles, le 22 mars. Quelques instants auparavant, elle avait envoyé un selfie à sa famille d’outre-Atlantique, un clin d’œil pour leur confirmer qu’elle était bien en route.
Sur cette dernière photo, légèrement floue, elle apparaît souriante et emmitouflée dans un gros anorak noir. La bonhomie du cliché est à son image. « C’était une femme joyeuse, déterminée, qui ne baissait jamais les bras », témoigne Joke Tan, épouse du pasteur de l’église protestante pentecôtiste que fréquentait assidûment Elita Weah dans la ville de Deventer, dans l’est des Pays-Bas.
Elle laisse derrière elle Lisa, sa fille de 13 ans, élevée en Hollande, où Elita Weah s’était réfugiée pour échapper à la violence aveugle qui a déchiré le Liberia dans les années 1990 et dispersé à travers le monde les huit frères et sœurs de sa famille. Il s’en est d’ailleurs fallu de peu pour qu’elle-même ne soit renvoyée dans son pays d’origine. A quelques jours près, elle n’aurait pas pu bénéficier du « pardon généralisé » de décembre 2006, qui a permis la régularisation de réfugiés dont la demande d’asile avait été rejetée. « C’était un vrai miracle, nous n’y croyions plus », se souvient Mme Tan, en évoquant la mobilisation de la paroisse pour soutenir Elita.
Depuis son arrivée aux Pays-Bas, Elita Weah vivait chichement, grâce aux allocations sociales accordées aux mères célibataires et aux réfugiés. Et travaillait bénévolement plusieurs jours par semaine dans une maison de retraite. Signe de son intégration : près de 200 personnes ont participé à la cérémonie d’hommage organisée le 6 avril dans l’église du pasteur Tan. « Pendant les interventions, personne n’a mentionné les assassins, nous ne voulions pas leur accorder cet honneur », observe Mme Tan. « Nous devons maintenant nous battre pour garder nos cœurs ouverts et ne pas céder au repli ». La famille d’Elita Weah s’est ensuite rendue au Liberia, où elle a été enterrée le 15 avril. En raison de ce déplacement, ses proches n’ont pas été joignables.
Sa fille, Lisa, compte revenir aux Pays-Bas, où vivent également deux de ses oncles et une tante. Avant les funérailles, ils avaient laissé entendre qu’ils envisageaient de porter plainte contre l’aéroport de Bruxelles qui n’a pas, selon eux, suffisamment assuré la protection des voyageurs. « Beaucoup de questions restent sans réponse, je vais me battre contre cela », a déclaré Rasco Weah, un des frères d’Elita, au quotidien néerlandais NRC.
Yves-Michel Riols (Le Monde)

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