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Commémorations du 22 mars 2016

C’était il y a 6 ans et c’était hier à la fois.
Nous, citoyens du monde, avons été frappés dans notre chair, dans notre coeur, dans notre sentiment de liberté et de sécurité.
Nous avons été pris pour cibles, pour une idéologie qui va à l’encontre de nos valeurs.
Ce matin-là, j’allais simplement travailler, et je me suis retrouvée sur un trottoir glacé malgré la journée ensoleillée, emmitouflée dans une parka de ski qu’un passant m’a
mis sur les épaules car je grelottais, blessée, traumatisée, terrorisée. Je me disais qu’ils avaient réussi à semer la terreur en moi, ce sentiment qui m’était inconnu
avant. Ils m’avaient eu, moi, Française de 31 ans, résidant en Belgique depuis 12 ans à l’époque. J’avais le sentiment qu’ils avaient gagné, emportant avec eux mon
insouciance, et déposant dans ma tête toutes sortes d’images indélébiles et cauchemardesques.
Un homme s’est assis à côté de moi sur ce trottoir, sa jambe et son bras touchaient mon corps. En temps normal cela m’aurait dérangé qu’un étranger soit si proche de
moi physiquement. Mais j’avais besoin que l’on me serre à ce moment-là, comme pour me rattacher à quelque chose, me rendant à nouveau vivante. Les moins
blessés se regardaient, sans paroles, nous nous comprenions. Autour de nous, le chaos.
Cet étranger sur le trottoir est devenu un proche, un compagnon d’attentat, pourtant nous en reparlons peu, lui n’a fait aucune démarche, il ne fait même pas partie de la
liste des victimes. Il était pourtant dans le métro ce matin-là, son nom a été relevé par la police dans l’hôtel Thon parmi les blessés, il a été transporté dans le même
hôpital que moi, mais sa résilience se veut différente.
Pour bon nombre d’entre nous, ces 6 années ont été éprouvantes et malgré le chemin parcouru, une route est encore à tracer.
Nous avons dû nous relever, panser nos blessures tant bien que mal.
Nous avons dû renouer avec les autres, mais aussi avec nous-même.
Nous avons dû faire face et assumer l’impact que ces bombes ont eu dans nos vies, dans nos maisons, dans notre société.
Nous avons dû extérioriser, se rencontrer, pleurer, douter, recommencer, débattre.
Nous avons dû affronter maintes épreuves, méconnues et difficiles à raconter.
Nous avons dû réapprendre à vivre, construire pierre après pierre ce qui est pour nous l’Après 22 mars.
Ces 6 années ont été un combat, physique, moral, personnel, familial, quotidien.
Ces 6 années ont été un combat administratif, financier, très loin d’être résolu pour un grand nombre de victimes. Nous n’avons pas reçu l’aide nécessaire, le soutien
indispensable pour nous faciliter les démarches, nous faire connaître et reconnaître nos droits, nous indemniser à la juste valeur de nos blessures. Je remercie
l’association Life4Brussels qui s’est construite autour de ce vide, pour combler ces failles.
Cette année marque l’ouverture du procès, d’une envergure historique pour la Belgique. Nous sommes trop de victimes pour toutes nous connaître. Nous nous
voyons pour certain.e.s lors des commémorations, dans nos vies, via les associations, ou diverses organisations; mais sans nous connaitre toutes, nous
formons la grande famille des victimes, des Parties civiles. C’est notre histoire, à la fois commune et si spécifique à chacun.e, qui va être portée devant la Cour d’assises
cette année.
Ce sera pour nous tou.te.s, une nouvelle forme de confrontation avec « Notre 22 mars ». Ce sera pour notre pays, pour le peuple belge, un procès important, qui
reposera les questions de nos valeurs nationales et de notre sécurité citoyenne. Ce sera un nouveau long chapitre, qui, je l’espère, permettra, par ses réponses, mais
surtout par la solidarité qui en émanera, une forme d’apaisement et de résilience pour certain.e.s.
Je pense à toutes les victimes qui souffrent encore tellement aujourd’hui et se battent sans relâche, dans leurs corps et leurs coeurs.
Je nous souhaite à tou.te.s, beaucoup de courage pour ce sixième anniversaire.
Je terminerai par une phrase de Gandhi, ce grand défenseur de la vérité, assassiné par un extrémiste, qui a dit : « La voie de la non-violence véritable exige beaucoup
plus de courage que celle de la violence. »
Christelle Giovannetti.

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