David Dixon, 51 ans

David Dixon, 51 ans

Le programmeur informatique vivait en Belgique depuis une dizaine d’années. Originaire du Nord-Est de l’Angleterre, il laisse une compagne et un petit garçon de sept ans.
Parce que derrière une liste de morts, il y a des destins brisés, des familles en deuil, des vides cruels, des amours anéantis, parfois de la colère. Dans tous les cas, un chagrin immense.
Parce que derrière une liste de morts, il y a des souvenirs, des projets, des histoires qui se sont arrêtées net, parce que les victimes étaient au mauvais endroit au mauvais moment. Tout simplement. Parce que derrière une liste de morts, il y a surtout un déchirement, entre un énorme sentiment d’injustice, d’une part, et le poids de la fatalité, de l’autre. Pour tout cela, Le Soir et De Standaard se sont unis pour publier, ensemble, depuis le 22 avril, les portraits des victimes du 22 mars.
Tout le monde l’appelait Did. D’après ses amis, il était « la personne la plus aimable, amusante, paisible et tolérante que vous puissiez jamais rencontrer ». Ils sourient en pensant à lui. Parce qu’il était aussi « le premier à faire la fête, à se lever et danser, toujours à rire, et d’un esprit vif et très intelligent ».
Did n’était pas à l’aéroport. C’est ce que tout le monde a cru, ce que tout le monde a diffusé à tort et à travers le 22 mars : un Anglais échappe à l’attentat de Zaventem avant de périr dans celui du métro Maelbeek. A l’origine du malentendu : un SMS.
Le mardi matin, Ann Dixon, la tante de David, entend aux informations qu’il y a eu une explosion à Zaventem. Elle vit à Hartlepool, dans le comté de Durham. Lui a quitté la ville il y a une dizaine d’années pour s’installer à Bruxelles avec sa compagne, Charlotte. Inquiète, Ann lui demande si tout va bien. « I am safe and fine », répond-il, surpris. Elle est la première personne à lui parler de cet attentat, il s’apprêtait à partir au boulot, il n’était pas au courant. Il vit dans un appartement au sud de Bruxelles et travaille dans le centre. Après leur échange, il part prendre son métro. Comme tous les matins.
David Dixon travaillait comme programmeur informatique auprès d’Euroclear, « la banque des banques », société financière créée à Bruxelles en 1968. Il avait été élève du High Tunstall College of Science de Hartlepool puis avait étudié l’économie à l’Université de Newcastle. En 1994, à 29 ans, il devient directeur de la Giltspur Associates Limited, jusqu’en 2001. Puis arrivée à Bruxelles, un passage chez British Airways, Toyota, et Euroclear enfin depuis quelques années.
« Très gentil, très intelligent »
Toute sa famille – et celle de Charlotte – est restée en Angleterre, ce qui a rendu les choses encore plus difficiles pour sa compagne après les attentats. « C’est un homme très gentil, très intelligent, expliquait-elle alors au Telegraph. Ses parents sont morts jeunes, ils n’avaient qu’une cinquantaine d’années. Et lui, maintenant, il est papa à son tour. Je reste pendue au téléphone dans l’attente de ses nouvelles en espérant que tout va s’arranger. »
Ce grand ado à lunettes venait d’avoir 51 ans. Il devait rentrer en Angleterre pour y fêter son anniversaire, une ou deux semaines plus tard. Le sien, et surtout celui de son petit garçon, Henry, qui a eu sept ans le dimanche suivant les attentats. La belle Charlotte, il l’avait rencontrée là-bas, à l’époque de l’université. Elle venait de Creswell, dans le Derbyshire, entre Sheffield et Nottingham. Ils ont vécu un moment à Creswell avant de venir s’installer à Bruxelles.
Lui, son cœur était à Hartlepool, ville médiévale de la côte est, sur la mer du Nord, à une cinquantaine de kilomètres au sud de Newcastle. Les Vikings, les Normands, Guillaume le Conquérant sont passés par là… « Il n’en est jamais vraiment parti, confiait il y a quelques semaines sa bande de potes au quotidien régional The Northern Echo. Il n’oubliait pas ses racines et gardait un lien très fort avec la région. Did vivait loin de Hartlepool désormais, mais il a toujours gardé contact avec nous. C’était un bon garçon du Nord. »
Depuis le 22 mars, la famille de David est inondée de messages de soutien et de condoléances, venant de sa ville d’origine, là-bas, au nord-est de l’Angleterre, et de sa ville d’adoption, ici, Bruxelles.
Parmi les souvenirs partagés par ses proches, une citation de Nelson Mandela sonne comme une promesse d’espoir : « Les gens doivent apprendre à haïr. Et s’ils peuvent apprendre à haïr, on peut aussi leur apprendre à aimer. Parce que l’amour vient plus naturellement dans le cœur de l’homme que son contraire. »
Mis en ligne par Julie Huon, Le Soir.

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